Transports à Paris : l'enjeu des nouvelles mobilités des travailleurs

Transports à Paris : l'enjeu des nouvelles mobilités des travailleurs

Plus de 5 millions d'actifs franciliens prennent les transports tous les matins. Mais d'où viennent-t-ils? Où vont-ils et pourquoi choisissent-t-ils ces façons de se mouvoir? Tout s'explique par différents critères économiques et sociaux : le bouleversement du marché de l'emploi, les nouvelles manières de travailler mais aussi la transformation digitale.

Le mode de vie d’un francilien d'aujourd’hui n’a rien à voir avec celui d'il y a 20 ans. Avec l’instabilité croissante du marché de l'emploi, on constate des mutations importantes concernant le temps de travail des employés (la multiplication des emplois précaires et temps partiels). Ainsi que des façons de travailler différentes dû à l’impact de la transformation numérique faisant alors émerger l'auto-entrepreneuriat, la pluri-activité ou encore la diversification des horaires. Les actifs ont donc naturellement changé de comportement en matière de déplacements et de pratiques face à ces nouvelles formes de travail, révèle L’Institut d’aménagement et d’urbanisme d’Ile-de-France dans sa dernière étude.

Le phénomène "Peak Car"

Après des décennies de règne des quatre roues dans la capitale, l’année 2010 présente pour la première fois une diminution des déplacements en voiture des actifs. Ce changement s’explique par les nouvelles préoccupations environnementales des individus, des problèmes de cogestion du véhicule et tout simplement l’amélioration des transports en commun. Un autre phénomène sociologique vient s'ajouter à ce constat : les jeunes franciliens ne sont pas intéressés par le fait de passer leur permis et de conduire et attachent moins d’importance à leur véhicule que les générations passées. A la place, ils vont choisir des modes actifs (comme la marche ou le vélo) et les transports en commun.

La précarité influence la mobilité

Dans un contexte économique de plus en plus précaire où 4,2% actifs franciliens ont des revenus du travail inférieurs au seuil de pauvreté, leur lieu d'habitation aussi va connaître des perturbations. Conscients de devoir être capable de"rebondir" d’un projet à un autre, dans un environnement du travail changeant à la vitesse de la lumière, ils vont avant tout rechercher la proximité et la desserte par les transports de leur domicile jusqu’à leur lieu de travail.  On remarque que les populations les moins aisés sont aussi celles qui ne disposent pas de véhicule (57% contre 15% des ménages les plus aisés). De ce fait, même s’ils disposent d’une voiture, ils ne l’utiliseront pas soucieux des dépenses qu’elle générerait. Mais gare au cercle vicieux : "l'absence de permis de conduire, le manque des moyens d'acheter et d'entretenir une voiture, l'inaptitude à se diriger dans le métro, une résidence à l'écart des transports collectifs, sont autant d'empêchements de mobilité qui font obstacle à l'accès au travail, à la formation et aux autres ressources de l'intégration sociale".

En 2010, 42 % des actifs franciliens mettent entre 15 et 45 minutes pour aller travailler. Cependant, 18 % mettent plus d’une heure. L’allongement des déplacements domicile-travail vient de la périurbanisation mais également des situations familiales et économiques compliquées : bi-activité des couples, coût des logements, risques de chômage, situations familiales plus complexes. On note que ce sont les cadres qui effectuent les distances les plus longues tous les soirs pour aller travailler (11,7 km) et les professions intermédiaires (11 km). Les ouvriers quant à eux, ont vu leur distance allonger en 10 ans de 9,9 km à 10,6 km et leur temps passé dans les transports de 94 minutes à 119 minutes par jour en 2010.

temps de transport paris

 Des nouveaux métiers pour de nouvelles mobilités

Les emplois présentiels devraient créer de plus en plus de mobilité. Mais qu’appelle-t-on un emploi présentiel ? Ce sont ceux tournés vers les services dédiés à la population résidente comme les commerces, les services de santé et action sociale, l’éducation ou encore l’administration publique.  En IDF, ils représentent 2 198 200 emplois (soit une hausse de 2,4% au cours des 5 dernières années). Et si sa croissance devrait encore augmenter du fait des besoins en service a la personne (vieillissement de la population). C’est principalement en Seine-et-Marne que la prévision est la plus haute avec 74% de ménages en plus. Les besoins de garde d’enfants grandissent en même temps que cette prévision et on prévoit d’ailleurs plus 160 000 créations de postes dans ce domaine d’ici 10 ans.

Et l'étude montre que ces nouveaux emplois créeront aussi des nouvelles mobilités. En effet, les salariés du commerce et ceux qui travaillent chez des particuliers, le font parfois plus souvent à temps partiel à des horaires décalés, en multipliant les lieux de travail et même parfois le dimanche. Le tout sans forcément posséder une voiture. L’offre de transports collectifs est donc essentielle mais l’offre existante n’est pas toujours adaptée à cette demande. Des services de transports adaptés devront être développés, avec notamment une offre de bus amplifiée en heures creuses dans certains territoires comme la Seine-et-Marne. Mais aussi, la révolution de la transformation digitale au sein de différents secteurs d'activité favorise le télétravail et l’essor des petites entreprises et des statuts d’autoentrepreneurs conduit à la hausse des espaces de coworking. Ces deux évolutions devraient également diminuer les distance domicile-travail pour répondre à des nouveaux modes de travail, basé sur l’échange et la coopération, l’émergence de projets collectifs, à la croissance des indépendants. Les espaces de coworking devraient se développer de façon à mailler le territoire et s’étendre aux zones périphériques, notamment les centres-villes de grande couronne afin d'éviter les déplacements jusqu'au centre de l'agglomération en restant proches des nœuds de transports.

Le monde dans lequel nous évoluons est en train de changer : d'une économie basée sur des grandes enseignes basées en plein cœur de Paris, nous passons aujourd'hui à une multitude de réseaux décentralisés. Dans ce contexte, les indépendants, les starts-up et les TPE jouent un rôle majeur en réinventant les lois de la  flexibilité au travail et la création de nouveaux lieux d'emploi.  Les nouvelles exigences liées au marché du travail sont en train d'avoir un impact majeur sur les trajets domicile-travail, que ce soit par le type de transport utilisé ou les horaires Les mutations importantes observées sur le marché du travail impactent les flux domicile-travail, la géographie des déplacements et leurs horaires. De ce fait, les transports et les aménagements métropolitains devront tenir compte de ces transformations afin de construire une offre en adéquation avec les besoins et les aspirations des habitants.

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le 14/12/2016 par Juliette Pignol

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